vendredi 23 septembre 2005

Partir

Dimanche soir, je prends le train. C'est bien banal, non ?
En fait non. Car je pars avec Ludo voir Ric d'abord puis X ensuite. Cinq jours d'escapade.
Un peu en amoureux. Un peu, car ce sera une occasion de plus de partager du temps et des plaisirs avec Ludo.
Avant, je faisais ce genre de voyage tout seul. Maintenant que Ludo est là, je ne suis plus seul.

Le premier mec à qui j'ai rendu visite a été James.
Un très bon moment, un mec très bien. Après un ou deux mois de cam, j'ai mis le pied dans son domaine.
Il m'attendait à la gare avec une rose rouge. Je ne suis pas resté indifférent à ce genre d'attention.
Le premier vrai baiser s'est échangé dans le parking...
Son deux pièces était très propre et impeccablement rangé. Un peu trop pour moi, mais cette garçonnière débordait d'objets les plus variés.
Un fin cordon bleu, en plus ! Et roller par dessus le marché ! De quoi prendre des kilos et faire de belles balades sur les pistes cyclables.
Je suis retourné le voir une deuxième et dernière fois. Il m'a emmené visiter les endroits qu'il aimait. Et j'ai aimé aussi.
Puis la rupture a été nette, sans vagues. Je n'étais pas amoureux, je ne voulais pas l'aimer. Je crois qu'il en a souffert.
Je n'ai plus de ses nouvelles et je le regrette.

Le deuxième mec visité a été Ric, chez qui je retourne.
On s'était dit qu'on s'embrasserait sur le quai de la gare, le baiser a été très rapide.
Avec ses chats, il m'a reçu comme un roi. Beaucoup de connivence entre nous, sans aucune promesse de ma part.
Les visites m'ont enchanté, je me suis souvent senti en accord avec lui, malgré une perception très différente des choses.
Deux mois plus tard, c'est lui qui est venu me voir. Entre temps, j'essayais qu'il ne s'attachât pas à moi.
Je ne souhaitais pas le voir souffrir et ne pouvais lui donner ce qu'il était en droit de recevoir mais ne demandait pas.
Je sais qu'il a beaucoup pleuré, sa voisine m'en a parlé. Et puis les choses se sont calmées, il a rencontré le gentil mec avec qui il est.
Et je vais le revoir dimanche soir, très très tard.

Le troisième était P (bisou P !), je n'en dirais pas plus.

Je reste malgré tout un grand solitaire, même si j'aime être avec d'autres. Je vais me surveiller pour ne pas mordre ou bouder.

Quelques jours avec Ludo... J'espère que les seules frites seront celles des moules !
Je ferai des photos, lui aussi.
Ce sera une bonne occasion pour mieux se connaître et s'apprécier.
Je lui présenterai Ric, il me présentera X.
Je suis serein, tout ce passera bien. Et j'adore les nouveautés et les découvertes !

Bises à ceux qui lisent, à ceux qui commentent, aux autres.

lundi 19 septembre 2005

Le 'petit' a 20 ans

Samedi, anniversaire de mon fils.
20 ans ont passés depuis ce jour si magique de sa naissance.

2 heures du matin, réveil. Les contractions sont fortes et rapprochées.
Nous voilà partis dans la ville déserte pour la clinique.
Ce n'est pas une fausse alerte. J'appelle Claire pour qu'elle nous rejoigne. Elle avait accepté d'être la maraine.
Tout se passe pour le mieux. Et c'est un garçon. Je suis heureux, bien sûr, et content que cet événement ait pu être simplement partagé avec une célibataire.

Je me souviens parfaitement de ma joie et de ma fierté de papa.
Un garçon !
Enfin quelqu'un qui pourra me prolonger, en quelque sorte. Peut-être un autre moi-même, pareil et différent à la fois.
Il fera tout ce que je n'ai pas su faire. Il sera ce que je ne suis pas. Il.

En 20 ans, il s'est passé tant de choses. Beaucoup m'ont laissées déçu, désapointé, voire blessé.
Surtout ces 5 dernières années.
Aujourd'hui, sa vie se fait sans moi. Ses joies et ses peines me sont presque inconnues.
comme s'il était parti. Mais il est là, tous les jours ou presque.
On se croise, sans vraiment se rencontrer, on se parle sans discuter. On se cotoie.

La magie du jour de sa naissance ne s'est pas réalisée pour moi. J'espère qu'elle l'est pour lui.
Les 20 ans qui viennent donneront une autre couleur à notre relation.

Il paraît que c'est dur d'être un fils. C'est dur d'être un père.

jeudi 8 septembre 2005

Le coup de l'artichaut

J'adore les artichauts ! C'est très décoratif et tellement bon !
Pour ceux qui veulent en savoir plus, cliquer sur l'image.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Artichaut

Jusque là, rien de très palpitant... Pourtant si ! Juste avant !

Prenez un gentil mec bien poilu : pas de prise de tête en perspective, pas de partie blanche sur le torse ni sur les fesses.
Il achète trois artichauts, sachant que sa cocote ne peut en contenir que 2, et vous invite à venir les effeuiler avec lui.
Acceptez !
Et repoussez le rendez-vous... Attention, ne prenez que des raisons valables, indiscutables, pas une migraine ou une tante de passage inopinément !

La tension monte, les artichauts commencent à flétrir.

Le soir, dites "demain je t'appelle pour te dire, blablabla...". Le lendemain en fin d'après-midi, dites que c'est rapé pour le repas. Trop tard, les dicotylédons cuisent dèjà ! Il faudra les manger plus tard dans la soirée, ces astéracées survivant pas trop bien dans le frigo.

Et le soir venu, juste avant d'effeuiller les composées, effeuillez donc le gentil mec !
Lentement, avec délicatesse. Laissez le boxer se gonfler de désir, caressez ce torse si bien velu, passez vos mains sur ces cuisses fermes posées sur les vôtres.
Titilez les tétons, l'entre-jambes, massez les pecs.
Passez au plat de résistance en vous régalant de la tige dressée et dure que le boxer a découvert une fois retiré. Glissez plus bas et en dessous des burnes pour atteindre ce qui étonne de douceur.
Insistez, sans lasser, aspirez le vit si beau et juteux.
Laissez venir, si aucune contre-indication médicale ne s'y oppose (ne jouez pas avec votre santé ou celle de vos rencontres !!!!).
Dégustez à loisir.

J'avoue que l'artichaut était exquis !

Heureusement qu'il reste le troisième artichaut... Je ne crois pas que je vais le faire attendre aussi longtemps.

lundi 5 septembre 2005

Rando

Comme chacun le sait (pardon, je commence très mal !) je fais du roller le vendredi soir, en longues randonnées urbaines et joyeusement accompagnées.
Accompagnées, car je ne suis pas le seul. Quelques centaines de filles et de garçons.
Et depuis 5 mois (voir 5 mois de toi), Ludo m'accompagne. Et j'adore ça !
J'adore quoi ?
J'adore faire du roller et j'adore que Ludo soit là, compagnon fidèle et précieux.

Je faisais du roller bien avant que Ludo ne soit là !

Par chance, nous avons la même vision des "choses" pendant ces randos.

Voilà :
- il regarde les plafonds des appartements cossus ou modestes, côté premier étage,
- je regarde les trottoirs et le goudron qui défile, à droite, à gauche et devant,
puis on en discute tous les deux.

Je traduis :
- il regarde les mecs à poils derrière leur fenêtre. Il a un chic pour les trouver !!!
- je reluque les mecs dans la rando, voire les piétons innocents. C'est à ma portée. Surtout les fessiers.
puis on en discute tous les deux !

Et j'adore (je me répète, mon vocabulaire est pauvre !!!) discuter de tout ça avec Ludo.
Pour les mecs à poil, c'est toujours raté pour moi, je n'arrive jamais à les voir. Aurait-il des visions ?
Pour les randonneurs, c'est plus tangible : ils sont là et on peut les toucher (sauf qu'on ne le fait pas, bien sûr !).

Vendredi dernier, le beau noir avec des pecs 'comme ça' avait enlevé son tshirt.
Merci les nuits chaudes d'été !

Et au détour d'une rue, en plein virage, j'accroche un regard qui me le rend bien.
Le mec est arrêté sur le trottoir, rollers chaussés. Woua les yeux !!!
J'en parle à Ludo, bien sûr. Il ne l'a pas vu.
En pleine descente, un peu après, ce roller me dépasse.
Il a dû ralentir car je le rattrape sans problème. Il sait que je suis bientôt à sa hauteur.
Ludo est à côté de moi, je le lui montre "Tiens, regarde, c'est celui dont le regard...".
Le mec se tourne vers moi, cherche mes yeux. Et comme Ludo est entre nous, il le voit.
Et hop ! "Tiens, bonjour !". Ludo et lui se connaissent !!!
C'est vrai qu'il a un regard très expressif et que de toute évidence je lui plais.
Et blablabla et bise à Ludo et moi nada.
"Aurevoir". Mouais, à une autre fois.

Pour une fois que je faisais une touche !

M'en fiche, j'ai mon Ludo, je ne tiens pas à l'échanger avec qui que ce soit, même pour un regard aguicheur.

Avec tout ça, ne me demandez pas par où on est passé : j'ai quelques blancs dans le noir de cette rando nocturne.

dimanche 4 septembre 2005

Rendez-vous là-bas

Premier juin 2002, Aix-en-Provence.

Ma femme et mes enfants arrivent à la gare TGV d'aix. Bien belle cette gare.
Un de mes fils n'est pas venu, il avait un engagement prévu depuis longtemps. Son absence est un crève coeur pour moi.
Dans la voiture, je leur donne les dernières nouvelles, et j'explique ce qui est sensé se passer au cours de cette journée. J'essaie de préparer les enfants à cette confrontation douloureuse avec la mort et la souffrance de la séparation.

Tout doit commencer par la célébration des funérailles de papa.

Papa avait une dent contre l'Eglise. Mais je n'en sais pas la raison réelle. Il avait été en institution religieuse et n'en disait rien de mauvais. Il respectait les "croyances" des autres, et je ne l'ai jamais entendu pester et dénigrer.

Avec Paulette, nous avons préparé cette célébration la veille, et pour chaque instant, je lui demande ce que papa aurait approuvé. Il aurait tout approuvé.

Je gare la voiture dans le sous-sol payant de l'hôpital, elle sera au frais pour cette matinée qui s'annonce très ensoleillée.
Nous retrouvons Paulette et sa famille au funérarium.
Paulette est bien entourée, mais je sais qu'elle est intérieurement écroulée. Je n'en suis pas loin.

Le cercueil est dans la pièce, non fermé. Choc pour moi de revoir papa, choc que mes enfants le voient et en même temps approbation. La mort ne doit pas être masquée.
Le cercueil est ensuite cellé. Le prêtre arrive. La célébration va commencer.
Bougies, portrait de papa sur le cercueil.
La petite pièce est vite trop remplie. Que de personnes !!!

Ma demi-soeur est là, mon demi-frère aussi.

Les gestes et les paroles se succèdent, je pleure.
Le prête dit les bonnes paroles, je suis soulagé.
Nous écoutons la vie en rose et l'avé Maria que papa aimait tant chanter.

Voilà, c'est déjà fini.
A l'extérieur, je retrouve ceux qui sont venus pour papa et pour Paulette. Je n'en connais pas beaucoup. Ces gens qui pleurent et racontent certains événements qui les ont marqués me touchent beaucoup. Papa avait su se faire aimer de toutes ces personnes. Et cela me fait du bien, complète l'image que j'avais de lui.

Papa ne voulait pas être enterré mais incinéré.
Le cortège de voitures suit le corbillard pour un trajet jusqu'à Manosque où se trouve le crématorium. Je suis calme et tranquilisé. Pour moi, le plus important est passé.
Le soleil tape fort.
Nous devons attendre dehors puis dans la chapelle en béton.
Pas de discours, pas de geste. L'attente est celle d'un hall de gare, anonyme.
Peu de gens ont fait le déplacement, ce qui est normal.
On nous invite à entrer dans une petite pièce au fond de laquelle est suspendue une télé.
Le cercueil entre dans la fournaise, Paulette pleure, j'ai mal au coeur.

Nous suivons ce que papa souhaitait pour ce moment : personne ne doit être là, personne.
Alors nous repartons.
Je me sens apaisé, avec cette impression que tout est accompli.

Le repas rassemble les plus proches et se passe à raconter ce que papa aimait ou n'aimat pas faire. Que de souvenirs qui ne m'appartiennent pas tous.

Je remène ma femme et les enfants à la gare TGV, je reste plusieurs jours encore avec Paulette pour faire les démarches administratives.

Et déjà je me demande ce qu'il restera de tout ça dans quelques années, ce qu'il restera du passage de papa. La réponse, je l'ai déjà.
J'arrive à voir ses traces en moi.

"Quand il me prend dans ces bras" ce sont ceux de mon père, je crois bien que je l'aime.

jeudi 1 septembre 2005

5 mois de toi

Ton sourire me charme, me ravit et continue de m'attirer à toi.
5 mois de ce régime, dont je ne me lasse pas.
Des questions et des doutes, très rarement, me rappellent que ceci est la réalité.
Avec toi je suis réellement à l'aise.

Tu aimes mon odeur, moi aussi.
Tu aimes me caresser, moi recevoir tes caresses, sans cesse ni fin.
Tu aimes me photographier, moi regarder ce que tu as vu.
Tu aimes quand je viens en toi, moi te pénêtrer glisser dans le plaisir commun.
Tu aimes me faire à manger, moi savourer.

5 mois, c'est peu et beaucoup.

Tout se fait de façon si simple.

Tu m'apportes toi et c'est tout ce qu'il me faut.

Me serrer dans tes bras, passer mes mains sur ta poitrine, englober tes fesses, aboucher ta vallée poilue et glisser dans ton puy.

Délices !!!

mardi 30 août 2005

Si seulement !

D'accord, je me suis faire rare, voir absent depuis mai.

Si seulement tout cela prenais moins de temps et d'énergie...

Je me suis remis aux photos dès que le boulot s'est calmé. Voir mon flog ici :
http://www.flickr.com/photos/jahovil/

En ce qui concerne l'écriture, j'y pense souvent, ça mûrit bien. Bientôt de nouveau sur cet écran blanc.

Et toujours en grand amour avec Ludo. Et les vacances sont derrière...

Pour la lecture, j'ai de temps en temps posé un oeil rapide sur vos textes, que j'aime toujours assez.

Bises à tous !

jeudi 2 juin 2005

Petit papa

Juin 2002 (deux milles deux).

Comme dans une chanson enfantine, la vie, la mort nous impose des passages obligés.

Petit papa, c'est aujourd'hui ta fête,
Maman m'a dit que tu n'étais pas là.
J'avais des fleurs pour couronner ta tête
Et un bouquet pour mettre sur ton cœur.
Petit papa, petit papa.

Même maman n'est pas là, c'est dire !

Je ne veux pas rater cet instant qui ne se reproduira pas. Je veux le vivre, sans me passer à côté.

Il faut préparer l'adieu que nous allons te faire, petit papa.
Paulette et moi suivons le déroulement proposé pour le funérailles dans un livret catholique assez accessible. Nous choisissons les textes et les gestes.
Est-ce que papa aurait approuvé ou désapprouvé ? Avant tout je souhaite lui être fidèle. Et ne pas bâcler. Prendre le temps, ce temps qui appartient au passé.

Nous contactons un prête de la paroisse dont dépend le funérarium. Dans la sacristie de son église fraîche et sombre, remplie de livres comme chez un bouquiniste, il nous pose des questions sur papa qu'il ne connaît pas. Qu'aimait-il faire ? Comment était-il ? Qu'elle a été sa vie. J'écoute Paulette répondre. Il y a tant de choses à dire. Je découvre encore des aspects inconnus de mon père. J'admire sa femme qui se souvient de tant de détails.
Le prêtre fait la synthèse de ce qu'il a compris, nous arrêtons un déroulement, fixons les textes à lire, les chants. La cérémonie aura lieu au centre funéraire. Le matin.

Je crois que papa aurait aimé.

En imaginant le cercueil et nous autour, je cherche un moyen de masquer le vide que nous sentirons tous, et moi en premier. Nous mettrons donc une photo de papa.
Paulette en a quelques unes. Tiens, celle-ci avec le chat est assez belle. Elle nous aidera à le revoir, à faire un lien entre lui et rien.

Parce que papa a voulu qu'ensuite il n'y ait plus rien de lui. Il a écrit quelques années auparavant un petit mot disant qu'il devrait être incinéré et ses cendres dispersées en dehors de la présence de ses proches. Nous ferons exactement comme il l'a écrit, même si je ne comprends pas tout. Je ne me pose même pas de question, ainsi en sera-t-il.

Nous serons là pour te dire adieu.

mardi 31 mai 2005

Départ

MAI 2002

8 heure du matin, Paulette au téléphone : « C’est fini. »

Fini ? Comment ça ? Il allait mieux, il avait retrouvé suffisamment de tonus pour pouvoir partir de l’hôpital. Une place était réservée pour lui dans une maison de convalescence, pas trop loin de sa maison pour que Paulette puisse venir le voir tous les jours, exactement comme elle l’avait fait depuis plus d’un mois.

Fini.

Une infirmière l’avait retrouvé sans vie à 7 heures du matin, alors qu’à six heures il dormait encore.
Il avait attendu le retour du jour pour partir, seul.
Paulette n’était pas là, moi non plus, personne pour lui tenir la main.

Je descends à Aix et vais d’abord chez papa. Personne non plus. Catherine, seule habitante du coin, me renseigne : Paulette est à Aix.
J’arrive à l’hôpital, mais ne réussis à joindre personne.

A mon tour d’être seul.

Je sais qu’il est dans cet endroit si froid, si terriblement froid que son nom même me glace. Il faut y aller, je veux le voir, je veux réaliser.
L’employé de cet endroit m’accueille très gentiment et part mettre en place le corps.
Il me fait entrer dans une pièce sobre au milieu de laquelle se trouve papa sur une sorte de brancard, recouvert d’un drap blanc.
Le froid me transperce.
Son corps est là, mais cette partie de lui si animée m’est invisible.
Je l’embrasse, caresse ses cheveux si doux, lui parle.
Je t’aime, tu sais, je sais que tu sais.
Je sais qu’on se reverra, même si toi tu ne le sais plus.
Les sanglots submergent mes paroles, noyant mes paroles dans un borborygme sourd.

Tu es parti. Je le vois. Je ne suis pas d’accord, mais n’ai pas le choix. Je me sens orphelin sans être abandonné. Pas de révolte, juste cette peine à apprivoiser.

Plus tard, avec Paulette, nous revenons le voir, ensemble. Je voudrais pouvoir encore rester avec lui, mais ce n’est pas possible, d’autres veulent aussi voir un des leurs.
Elle le pleure, lui parles « tu m’avais promis de ne jamais me quitter ». Il est des circonstances qui réfutent les promesses. Lui en veut-elle ? Je l’admire. Elle est bien plus seule que moi, elle devra continuer sa route sans son compagnon.

Une vie s’est achevée, il est parti sans retour. Il vit encore en moi et en beaucoup d’autres.

lundi 30 mai 2005

Ascension

MAI 2002.

Je suis à Aix pour l'Ascension.
Papa ne va pas mieux, pas pire.
Paulette est avec lui tous les jours, de huit heures à dix huit, tous les jours.

Je sais qu'il va partir, je me doute qu'il le sait aussi.

Heures d'attente et d'observation.
D'instropection.
De remémoration de sa vie qui se termine.

Que va-t-il me laisser, que m'a-t-il déjà laissé ?
Cette vigueur, cette rébellion sous-jacente qui parfois émerge avec vigueur.
Cette opiniatreté, ne pas baisser les bras comme ça. Etre et devenir.
Cette liberté de vivre.

Je me décide à aller à la cathédrale toute proche pour assister à la messe de l'ascension.
Je suis à la fois visiteur et visité.
Le Christ "monte au ciel", quitte ses frères.
Quel parallèle trop facile avec ce qui se passe aujourd'hui. Un réconfort, tout de même.
Il est parti, il va partir. L'espoir de se revoir existe, il l'a promis, je veux bien y croire.

Parmi les réponses que j'attendais, il y a eu ce docteur, une femme jeune et accessible, qui a bien voulu me recevoir. J'ai pu lui dire mes doutes quant aux évènements qui ont amené papa ici. Ce qui a déclenché l'arrêt de ses reins et l'obligation d'une dialyse quasi quotidienne restant pour moi une erreur humaine. Je n'ai pas de haine, je veux juste entendre et comprendre. Exprimer aussi.
Comme il est difficile de trouver quelqu'un à qui parler de ce qui nous habite.

Il pourra partir en maison de convalescence, dès qu'une place sera disponible pas trop loin de Pertuis.

Moi, je rentre à Lyon, ne sachant pas si je le reverrai.

jeudi 26 mai 2005

Notre Père

MAI 2002

23h30, coup de fil de Paulette : "Ton père ne va pas bien du tout, ils ne savent pas s'il va passer la nuit ! Viens !".

2h30 de route presque vide pour penser et revoir les jours précédents.

Papa est toujours dans cette chambre, avec un monsieur qui a une attaque pendant une de mes visites.

Le voilà cloué dans son lit, attaché encore pour qu'il ne s'enlève pas la perfusion. Il ne mange plus, rien ne passe. Il m'avait souvent fait comprendre, sans vraiment le dire, qu'il n'accepterait pas d'être diminué dans son corps, qu'il y mettrait un terme lui-même. Mais là, il ne peut pas, il n'est plus maître de ce corps qui ne semble plus lui obéir, et qu'on a de tout façon entravé.
il n'est pas très lucide, il ne parle que très difficilement.

Mais dans un souffle, il parvient à dire quelque chose que ni moi ni sa femme ne comprenons. On le lui fait répéter. Je dit à Paulette ce que j'ai cru finalement comprendre, tout en le refusant : "je suis en train de crever".
Annonce de cette évidence des faits, mais aussi de la conscience qu'il en a.
Je suis bouleversé, me détourne un instant essayant d'étouffer ce qui monte en moi.
Depuis le début, j'ai souhaité parler avec lui de ce départ qui se profile, mais comment faire et surtout je crains de lui faire peur, de rajouter à sa douleur.
Alors, pour lui montrer que je suis là, qu'il n'est pas seul dans ces moments qui seront pour nous les derniers ici, je prends sa main, la caresse, la garde dans la mienne jusqu'à ce qu'il se retourne et m'échappe.

Je ne peux faire que des visites de 2 jours en week end, et passer des coups de fils le soir à Paulette. La situation évolue peu à peu, mais sans savoir vraiment de quel côté.

Cette nuit, est-ce que j'arriverai à temps ?

Devant l'hôpital, aucun souci pour se garer.
Désert, vide. Je me sens vide. Impuissant.
Il est encore là.
Et la nuit suivante aussi.
Nous décidons de rester avec lui, Paulette sa femme, Christiane sa fille et moi.
A tour de rôle nous essayons de dormir un peu sur un lit de camp placé dans la chambre.
Nous le veillons, chacun d'un côté du lit, écoutant sa respiration qui s'est transformée en sifflements douloureux. Chaque pause me fait craindre un arrêt. Je lui tiens toujours la main, carresse son avant bras, son front.
Encore une inspiration. Encore une. Encore.

"Notre Père qui es aux cieux..."
Mon père, te voilà au seuil de ton passage, tu n'es pas seul sur ce seuil. Un autre t'attend, moi je reste encore un peu.

Le jour arrive, un jour encore. Encore un. Encore.

dimanche 22 mai 2005

Cette vie en rose

Mai 2002.

Papa a dû faire au moins trois hôpitaux : Pertuis, La Timone à Marseille, et enfin Aix en Provence.
Un interne mal à l'aise essaie de répondre à mes questions, au téléphone. Il me donne l'impression de s'emmêler, de ne pas savoir quoi dire, de ne pas vouloir dire. Plus tard, je comprendrai qu'une erreur médicale s'est produite.

Je piaffe, mais attends encore un peu pour descendre le voir. Tous les jours, des coups de fil me permettre de suivre les événements, d'essayer d'imaginer. Mais, lui, je ne peux pas l'entendre, il n'est pas en état de répondre au téléphone.
Enfin, je peux y aller lorsqu'il est provisoirement placé dans l'hôpital d'Aix en Provence.
Je vais d'abord chez Paulette.
C'est bête, je le sais bien pourtant, mais il n'est pas là. Pas là.
Tous les deux, nous allons vers ce lieu qui sera sa dernière demeure : l'hôpital.
Le trajet me permet de poser des questions, sur ce qui s'est passé, sur son présent, son futur.
Se garer reste un peu épique dans ce quartier, à moins de payer le parking. Qu'importe après tout.
Nous traversons la partie neuve de cet établissement : grand hall, premières personnes en pyjama, odeur légère.
Un ascenseur trop grand, des blouses blanches, des lits sur roulettes, nous montons.
A l'étage, l'odeur est plus nette : maladie, guérison, mort.
Plus loin dans le couloir, nous entrons dans une chambre dont la porte est grande ouverte.
Il est là.
Il est réveillé. Sa femme l'embrasse, lui dit bonjour, lui dit que je suis là.
Je suis là.
Je l'embrasse à mon tour en me penchant par dessus les rambardes levées de par et d'autre du lit. Il ne peut me serrer dans ses bras car ses poignets sont attachés par des sangles au lit.
Je suis ému, peiné. Emu de le voir. Peiné de le voir.
Il parle avec difficulté, sa bouche est très pâteuse, les tubes n'ont pas épargné sa gorge.

Il est désorienté. Quel jour est-il ? Où est-il ? Il ne sait pas.
Je lui explique tranquillement, lui parle des enfants, de la vie de tous les jours, du travail, du paysage méridional que l'on peut voir de sa chambre.
Il répond peu. Pas.

Son regard a pris cet air de petit enfant perdu, cherchant à comprendre, demandant une aide, un soutien, un réconfort.

De temps en temps, il s'endort. Puis une infirmière le réveille pour un contrôle des perfusions, une autre la rejoind, nous sortons attendre dans le couloir.
Au bout d'un moment il chante. Les infirmières ne comprennent pas ce qu'il dit, ni pourquoi.
Moi si.
Une association d'idées, une joie d'exister.
Elles sont habillées de rose, les médecins de blanc.
Alors, il voit la vie en rose. Il leur exprime ses remerciements avec ce qu'il a toujours aimé faire : chanter. Cela ne peut durer longtemps, sa voix se tait, manquant de souffle. En moi, elle continue, forte et limpide. Elle m'atteind, il me surprend.
Je le trouve étonnant de vitalité, de désir de continuer de vivre alors qu'il va si mal. Je l'aime pour ce don qu'il fait encore sur ce lit où rien ne lui est permis.

Je m'imagine une fois de plus dans ses bras. Je ne le verrai plus jamais debout.

Il me dit des mots d'amour, et ça m'fait quelque chose.

vendredi 20 mai 2005

L’homme idéal.

« Tu n’es pas mon homme idéal », c’est vrai, je te l’ai dit.
Et de me représenter cet homme, de te le décrire, de te dire que je l’avais déjà croisé.
Il est blond aux yeux bleus, musclé avec des pecs affirmés, des abdos en béton, poilu velu, souriant. Mais ce n’est pas tout ! Il est accessible, fin, intelligent, il comprend mes mots à bouche fermée. Un portrait très classique, pas original.
De cette description, j’en ai déjà rencontré un. J’en garde un excellent souvenir, mais MAIS, il n’était pas disponible car marié et ne souhaitant pas donner son téléphone. Gasp !

Et moi de te dire que tu n’es pas mon homme idéal ! Déjà je me traite d’idiot et me demande pourquoi je dis ça. Je crois que c’est pour me protéger de moi, pour mettre une barrière que je ne pourrais pas franchir, pour me rassurer. Et aussi ne pas me convaincre que puisque tu es là, je dois forcément envisager de faire un bout de route avec toi.
Je sais bien que tout ça semble puéril et vain.

Car aujourd’hui, je repense à cette phrase et nous en avons même reparlé ensemble.
Cet homme idéal, est-ce seulement une image ? Un prétexte pour continuer à le chercher ? Un mythe s’alimentant lui-même ?
A quoi me sert-il ? Il pourrait bien me cacher l’homme réel et aimant que je cherche, comme des œillères bien vissées.

Aujourd’hui, tu es là, je suis là. Nous faisons route commune, inventant au jour le jour le plaisir d’être à nous, le désir d’être et de recevoir.
Je te regarde et me rends compte que cet homme idéal ne tient pas la comparaison avec toi. Tant mieux, car tu es si riche pour moi, tu es si beau pour moi, tu es si aimant de moi.

Peut-être un jour aura-t-il disparu de mes pensées, passant d’un idéal jamais atteint à une réalité quotidienne.