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samedi 2 février 2013

Ou pas

Il y a pas mal d'années, je faisais les courses une fois par semaine le soir, nous n'avions qu'une seule voiture. Grâce à la deuxième voiture, ma femme a pu avoir cette autonomie qui lui a permis d'avoir l'exclusivité de cette tâche domestique bien ingrate. Que je ne lui envie pas et lui laisse très volontiers !
L'inconvénient, pas des moindres, est que je ne choisis pas ce que je mange. Je subis, notamment tout ce qui est gâteaux et brioches dont je raffole par vagues compulsives. Dès qu'il y en a, je dois les dévorer... Ce qui me vaut, bien sûr, des remontrances et des griefs : "ne mange pas tout d'un coup", "tu aurais pu en laisser",  "tu as tout mangé !" et le plus hallucinant de tous "tu aurais dû tout finir et ne pas en laisser un". Mais il suffit que je n'y touche pas pour que je m'en prenne une autre : "j'achète et tu n'en prends pas !". Tout ça, c'est comme la météo : c'est changeant et de plus en plus prévisible.
Ce sont aussi les mêmes remarques lorsqu'elle fait des gâteaux. La dernière fois, lorsque j'ai vu ceux qu'elle était en train de cuisiner, j'ai dit un : "oh tu fais des petites crottes ! " auquel elle a répondu : "eh bien tu n'en mangeras pas" dont je n'ai pas compris le rapport mais auquel j'ai obéis en n'y touchant pas (sauf un dont elle m'a imposé l'ingestion et que j'ai trouvé très bon).
Mercredi, elle sort une boîte de chocolats qu'elle me dit offerte par ses parents et m'en donne un. Mmmmm. Mais lorsque deux jours plus tard j'en prends un elle me dit de plutôt prendre une tablette de chocolat. Dans deux semaines, lorsqu'elle verra qu'il en reste, elle demandera pourquoi on n'y a pas touché...
Pas toujours simple, et là ce n'est qu'un point de détail.

jeudi 31 janvier 2013

Belle-maman est malade

La nouvelle, mauvaise, est tombée en novembre : belle-maman a un cancer qui a métastasé dans ses os. Depuis le printemps elle se plaignait de douleurs à la hanche sans pouvoir les atténuer.
Peu à peu, elle n'a pu marcher péniblement qu'avec des béquilles, puis rouler dans un fauteuil. Un lit médicalisé a pris la place des lits d'enfants de la chambre du fond. Une de ses filles et venue chez elle pour l'aider et lui tenir compagnie, l'autre de ses filles vient tous les mercredis.
Belle-maman est consciente que la fin est proche et dit qu'il vaut mieux partir avec sa tête que sans. Elle trie, range, donne, fait de l'ordre dans tout ce qu'elle a accumulé au fil des décennies et supporte la douleur grâce à des médicaments.
Son mari, toujours là, se prépare à un départ qui se rapproche.
Les petits-enfants vont la voir dès qu'ils peuvent.

Dans peu de mois elle sera partie. En attendant, mais est-ce qu'elle attend ?, elle est bien là, vive de voix et de pensée.

samedi 31 décembre 2011

Deux jours avec

Deux jours avec ma belle-sœur.

Voilà de quoi être inquiet, car ma belle-sœur n'est pas une personne facile. Nous sommes donc allés la chercher chez ma fille où elle venait d'y passer trois jours depuis Noël. Elle était en forme, d'ailleurs elle ne s'est jamais plainte de douleurs physiques, comme cela se produisait il y a quelques années. Tant mieux pour elle.

Elle vieillit, comme nous tous, prenant de cheveux blancs qu'elle ne masque pas par une teinture à l'henné. Mais, en fait, elle m'a toujours paru vieille, peut-être à cause de son visage soucieux, de ses mains rigides, de son attitude affectée. Certainement aussi à cause de ses nombreux rituels dont elle ne peut se passer. Comme la cigarette à moment fixe, le café.

Ce fut deux jours calmes et assez agréables. Elle a bien changé sur la forme et peut-être sur le fond. Je n'ai pas pris le temps de discuter du fond. Elle vit depuis pas mal d'années isolée dans un trou perdu entre Indre et Loire et les quelques amis qu'elle avait là-bas sont allés voir ailleurs ou sont décédés. Les derniers en date à être partis sont un couple de mecs dont je n'ai pas eu la chance de faire la connaissance. Elle est seule, s'est dommage pour elle.

J'avais proposé de faire une visite de la biennale de l'art contemporain, la onzième, de Lyon. Nous y sommes allés en commençant par le MAC. Puis nous avons mangé dans une cafétéria avant de filer à la Sucrière. Tout l'a intéressé, et c'est vrai que c'est assez visible pour une fois. Il faut dire qu'elle est artiste elle-même et produit des œuvres qu'elle expose et vend. Nous avons terminé au TASE de Vaulx. Le beau temps nous accompagnait, ainsi qu'un petit vent du nord.

Il est fort possible qu'un jour elle vende sa maison pour revenir en acheter une dans la Drôme et y finir sa vie. Ce qui ne sera pas simple du tout. Elle a investi tout l'argent de son héritage dans cette demeure qu'elle a façonné à son idée. Il lui faudra faire un choix un jour.

Nous l'avons mise dans le ter de 10h20. De la voir assise, sa valise contre elle, m'a vraiment fait penser à une vieille dame, un peu perdue dans la foule. Elle reste encore une quinzaine de jours dans "le sud", chez ses parents où elle a laissé son chat puis chez des amis vers Avignon. Nous la reverrons peut-être en janvier. Elle a bien changé, devenant abordable, plus pacifiée. Plus sage aussi dans ses vêtements, un peu trop sage en fait, je préférais ses excentricités vestimentaires.

mardi 13 décembre 2011

Dans la rue

Voilà trois semaines environ, alors que je marchais sur le trottoir du Cours Émile Zola pour prendre le métro à Charpennes, j'entends qu'on klaxonne avec insistance. Pas convaincu, je regarde quand même pour finalement découvrir une Christine tout sourire derrière son volant. Christine est ma copine de collège, celle qui a retrouvé ma trace l'an dernier. On échange vite deux mots avant que le feu repasse au vert. Elle bosse de temps en temps dans le quartier, je vais lui écrire et on se fera une bouffe ensemble un de ces quatre.
Je traîne un peu à lui écrire, on ne se refait pas, et elle me répond qu'elle est hyper occupée et que ce ne sera pas possible avant janvier. Soit. c'est vrai que décembre est une période chargée.

Hier, pas très décidé sur ce que je devais faire de ma pause repas où je ne mange pas, je résolu finalement à aller acheter les oligo-éléments qui me manquaient. En sortant de la pharmacie, l'indécision ne m'avait pas quitté et le vent me raccompagna enfin au boulot. Dans une petite rue en cours de chemin, je vis une voiture se garer. Une femme aux commandes. Bon, rien de folichon. Mais si, mais si, c'était Christine. Toute guillerette, heureuse d'avoir réussi une inspection dont elle sortait tout juste. Après les félicitations d'usage, nous sommes partis manger au restaurant un carpaccio de bœuf. Et nous avons profité de l'occasion pour se donner quelques nouvelles. Elle qui ne pensait pas pouvoir me voir avant un bon mois, elle fêtait en premier sa réussite avec moi ! Et toujours avec un si grand sourire et ses yeux coquins de bonheur. Pour le coup, elle nous offrit un café gourmand, car elle est généreuse Christine.

Voilà un rendez-vous non prémédité qui nous a bien plu.

C'est bien comme ça aussi que certaines rencontres se font, juste sans les avoirs cherchées, juste parce qu'on est là et qu'on garde un œil entrouvert ou qu'on se laisse attirer par une image ou un son.

samedi 19 juin 2010

Dire ou se taire

En parler ou ne rien dire ? Pour l'instant, j'ai décidé de ne rien dire. Sans pour autant en être satisfait.
Jeudi soir, je suis allé me mettre au chaud au sauna. Rien de bien nouveau, si ce n'est que j'évite de sortir en semaine question fatigue. Puis, sur le chemin du retour, je me suis arrêté au elle bar (prononciation) pour donner les photos à la miss croisée à la gay pride.
Le lendemain matin, j'ai donc eu droit à la question habituelle quand je sors : "tu es allé où ?". J'ai répondu "en centre ville", ce qui a suffit. A midi, nous nous sommes retrouvés pour manger et on s'est rendu compte que le centre ville n'était pas celui qu'on croyait. Du coup, nouvelles questions : tu as fait quoi ? tu avais un rendez-vous ? tu as vu du monde ?. Oui, j'ai vu du monde, non je n'avais pas de rendez-vous et non je ne dirais rien. Je me suis fait traiter de menteur. Et depuis, elle fait la gueule.

C'est un vrai dilemme pour moi que de devoir lui dire ce que je fais. Je n'ai pas envie d'avoir un observateur sur le dos comme à la maison. Quand je sors, c'est soit racontable, soit pas. Mais je n'ai pas menti, je ne veux pas le lui dire. Certains parlent de jardin secret. Je ne sais pas quoi faire et ça m'énerve vraiment. Surtout de me faire traiter de menteur. Et c'est faux. Et c'est insupportable.

dimanche 24 janvier 2010

On s'est revus

(Thom, "On s'est revus" est à la fois au singulier et au pluriel, car la bonne expression est "nous nous sommes revus"... le langage parlé donne des effets bizarres à l'écrit).

Ayant rendez-vous avec Christine à 10h30 dans un café, je me suis permis une séance de soldes. C'était parfait, car les magasins étaient encore vides et il restait suffisamment de choix dans les rayons. Même pour les tailles. Un charmant jeune vendeur noir, à l'accent des banlieues (de plus en plus de jeunes parlent avec cet accent) a pu me servir efficacement. Deux chemise, un pull et un pantalon pour 88 euros. Malgré cet aide précieux, je suis arrivé un peu en retard au rendez-vous...

Ce que Christine n'a pas raté de me faire remarquer. Elle était assise toute seule et, après avoir éliminé une femme plus vielle et une plus jeune avec une poussette, et devant son grand sourire je me suis dirigé vers elle, cherchant à reconnaître ce que j'avais connu de son visage et que ma mémoire avait en grande partie oublié. Cela faisait 25 ans que nous ne nous étions pas vus.
De la collégienne, il restait tout le parfum de jeunesse, de vivacité et... de complexité.
Nous avons refait surgir des quantité de souvenirs, et j'ai eu la confirmation que les miens étaient assez sélectifs. Christine avait senti que les mecs pouvaient tout aussi bien m'intéresser et me trouvait doux à cette époque. De fait, seuls les mecs m'intéressaient mais j'appréciais les filles comme elle. Nous avons ensuite mélangé vie actuelle et vie passée, dans un grand méli-mélo des genres.
J'ai eu l'impression qu'elle souhaitait vivement qu'on se revoie bientôt et régulièrement. Je ne suis pas contre, mais j'aime assez ma tranquillité. Heureusement, elle m'a confirmé que je n'était pas son amoureux de l'époque, ce qui ne risque pas de le devenir maintenant.
Ce qui est curieux, c'est que la vie de Christine est à l'image de la jeune fille qu'elle était, compliquée, souriante sur le devant, généreuse, tourmentée, sensible.

Certes, nous nous reverrons. Mais comme elle l'a dit, qu'allons-nous nous raconter ? Et moi, je me demande si nous pourrons redevenir amis, si même nous le devons.

lundi 18 janvier 2010

Trouvaille et re

Je savais bien que R ne resterait pas indifférent lorsque je lui dirai qu'un type m'avait laissé son numéro de téléphone et que je l'avais déjà appelé. J'hésitais à lui en parler, mais je l'aime trop pour cacher ce genre de chose qui pourrait même lui faire mal. Ce n'est pas un mal volontairement infligé. De toute façon, je ne sais pas du tout si une suite existera à cette histoire.

Entre temps, Christine a répondu à mon mail de retour. C'est ma copine de classe de troisième. Copine qui est restée gravée dans ma mémoire, ce qui est un fait remarquable. Elle m'a posé quelques questions et fait quelques révélations. J'ai retrouvé ce qui me plaisait en elle, de cette gouaille charmante et sentant bon la vie. J'étais en train de lui répondre lorsqu'elle m'envoya un mail d'impatience. Toujours aussi vive ! J'adore ! Vivement qu'on arrive à se revoir. Ce qui ne devrait pas être trop dur car nous devons habiter pas loin l'un de l'autre.

Nous avons étrenné les nouvelles assiettes de R qu'il a garni de tas de bonnes choses. R a finalement trouvé qu'elles étaient presque trop grandes. Il va falloir manier l'art de présenter le vide. Nous avons ri ensemble, comme toujours. Ça me fait du bien, car c'est le seul avec qui je me marre encore. J'espère lui rendre un peu de ce qu'il me donne.
Nous avons enfourché tous les deux un vélov et avons pédalé dans les rues de Lyon jusqu'au Saint Nom de Jésus. R a voulu voir où avait habité Ludo et j'ai regardé les fenêtres de son appartement avec un pincement au cœur. Tout est resté comme Ludo l'a laissé. Comme s'il était encore là.
Un dernier mimi à lèvres échangé puis nous avons regagné à pied nos lieux post-matinaux.

J'avais chaud en arrivant au bureau, la marche réchauffe bien.

lundi 22 juin 2009

Ses amis

Elle souhaitait rassembler ses amis, alors elle les a invité pour un petit repas partagé. Oh, elle est simple et pas du tout fortuné, les amis ont donc apporté chacun un plat du repas.
Elle n'a rien laissé au hasard, chaque détail compte, chaque invité aura droit à une intention particulière et délicate.
Plusieurs anniversaires ont été fêtés avec des gâteaux, des bougies, des fleurs, des chants.
Et comme c'était la fête des pères, tous les papas ont reçu un petit paquet de chocolats décoré d'un cœur doré.
Chacun a un peu parlé de lui, pour que tous fassent connaissance. Et tous ont chanté, parfois à tue-tête.
L'après-midi a vite passé, les amis sont repartis, elle a ramené son bouquet de fleurs dans son trois pièces cuisine.

Elle est radieuse et ne laisse pas paraître, lorsque son corps la malmène, la douleur physique. Elle sait toujours accueillir, écouter, proposer avec un sourire. Elle sait être présente mais jamais ne s'impose.

dimanche 21 juin 2009

Au théâtre ce soir

Nous voilà, R et moi, sur des destriers rouges, à filer sur les quais de Lyon, cheveux au vent.
Nous avons cherché une écurie pour y poser nos montures, et ce n'est qu'à la cinquième qu'un palefrenier-bear nous a fait de la place. Puis ce fut la longue ascension du bord de Saône jusqu'au plateau croix-roussien. Bonjour les fessiers le lendemain... Et toujours autant de plaisir à discuter et découvrir avec R les détails de Lyon.

Notre but ultime était une petite salle de théâtre où Lollah jouait dans une pièce intitulée "un dimanche en famille". Lollah est une flickresse que je connais de longue date et dont les photos m'ont toujours plu. Je ne la connaissais d'ailleurs qu'à travers ses photos.

Nous nous sommes installés dans une petite pièce déjà bien chaude en cette fin juin. Elle fut bientôt rempli d'un public jeune et de toute évidence conquis d'avance.
Lorsque le rideau ne s'est pas levé sur le premier tableau, nous avons pu comprendre que nous allions rire sans même entendre une seule parole.

Un dimanche en famille : Lollah

Les scènes se sont succédées à un bon rythme, sans jamais lasser. Les personnages étaient tous très différenciés, même typés, et les accessoires apportaient aussi leur touche de gaieté. Lollah cachait les yeux de son oie lors des passages atroces.

"- Qu'est-ce qui me dit que vous êtes un vrai médium ? Donnez-moi une preuve !
- Comment vont vos hémorroïdes ?
- Mmm merci, elles vont bien..."

R se tenait les côtes et enviait mon bermuda tant la chaleur était suffocante. Les voisines derrière nous se préoccupaient des accessoires dont certains semblaient venir de chez elles, comme le lampadaire. La muerte aspirait les âmes des défunts avec un aspirateur de table vert made in China. Le médium gesticulait avec de grands mouvements emphatiques amplifiés par ses manches. Le mec en rose faisait de la prose accompagnées de gestes et de mimiques comiques et efféminés.

Après les applaudissement, nous avons filé dans la rue retrouver la fraîcheur et respirer un bon coup. Lollah y est aussi venu et s'est avec plaisir qu'elle ma reconnu, grâce à nos photos, et nous avons pu, enfin, nous faire une bise et discuter "pour de vrai". Elle est tout à fait aussi sympa que dans ses commentaires et bien agréables. Nous avons poursuivi un verre à la main devant un apéritif garni. J'ai même pu discuter avec deux autres flickeriens dont le visage de l'un ne m'était pas inconnu.

Cette pièce de théâtre m'a vraiment plu, et je suis un public difficile qui ne rit pas facilement.

R et moi sommes redescendus du plateau par les pentes, photographiant à tour de doigt, puis reprenant un vélo pour descendre le Rhône sous les platanes des quais. La nuit était chaude. Nous avons mangé une salade chez R, tout simplement.

jeudi 28 mai 2009

Sourire matinal

Quel plaisir de rencontrer cette charmante voisine, habitant dans l'immeuble à côté du mien, qui prend comme moi un vélo à la station. Elle est belle et son sourire me fait du bien. C'est donc avec un certain contentement que je l'ai vue arriver alors que j'avais le doigt sur l'écran de la borne.

Maintenant, elle met un casque de vélo car elle a failli se faire renverser une fois par une voiture. Un chauffard, en plus.
Nous échangeons rapidement des infos, le temps d'un décrochage d'engin. Elle me conseille de ne pas prendre le 4 ou 5, car il fait trop de bruit. Je lui raconte comment j'ai dû faire demi-tour hier ne pouvant poser mon vélo car toutes les bornettes étaient occupées. "Ils" ont bien rapporté des vélos, mais en ont trop mis.
Elle me souhaite une bonne journée, je crois que j'ai fait pareil. Et hop, je file dans la descente sur mon destrier à la robe rouge. Je suis d'humeur joyeuse, grâce à cette rencontre.

samedi 23 mai 2009

Décalés

Elle était debout dans l'allée de la rame du métro, sans se tenir, gérant les accélérations et décélérations comme une pro. Un pli vertical barrait son front peint en blanc, allongeant encore plus son visage. Bien sûr, elle ne passait pas inaperçu et les regards des autres voyageurs glissaient et s'arrêtaient sur elle. Outre son front peint en blanc, jusque sur le bas des joues en dégradé vers le menton, ses cheveux noir de geai étaient plaqués en mèches gominées et tirées faisant office de casque. Ses yeux, grands, immenses, ressortaient sur le fond noir des paupières outrageusement maquillées. Sa tenue vestimentaire, à base de rouge et de noir, ne cachait pas son ventre et sa taille empâtée.
Deux écouteurs rose fichés dans le oreilles, elle restait imperturbable. Une seule fois, elle laissa échapper un rire incontrôlé qui lui lissa le haut du visage. Elle était dans son monde, comme beaucoup de personne ici.
Lorsqu'elle sorti du wagon, d'une démarche un peu hésitante, un jeune mec assis face à une blonde éclata bruyamment de rire. Il se cachait à moitié le visage dans ses mains aux ongles sales. Il venait de voir le visage de la jeune femme peinturluré et avait eu la révélation de sa vie. En écho, plusieurs autres voyageurs se regardèrent d'un air entendu, esquissant un sourire de connivence. Elle était tellement bizarre cette fille, qu'on en oubliait jusqu'à sa propre indigence. Mais pas sa propre bêtise qui ne peut que se moquer de ce qui paraît différent.

mercredi 20 mai 2009

Accouchement

Nous avions pris du retard sur le planning de livraison, et quand je dis nous, c'est autant pour moi que pour ma cliente. Pour arranger les choses, ma cliente avait chômé jeudi dernier et moi vendredi, ne nous permettant pas de faire un point d'avancement.
Au fur et à mesure du développement, je me rendais compte de la complexité et interconnectivité de certaines règles fonctionnelles, ce qui allait multiplier les cas de tests. Plus de cas de test demande plus de temps, et tester une application n'est pas forcément le plus palpitant et devient vite fastidieux quand il faut parcourir toutes les branches de l'algorithme.
J'ai dû intervenir pour que la livraison se fasse avant que ma cliente ne reparte en congés. Car c'est elle qui doit faire des tests et valider le développement.

Et puis, j'ai croisé les doigts en espérant que les bogues qu'elle découvrirait ne seraient pas catastrophiques. C'est vrai que je n'étais pas totalement tranquille, car je n'avais pas refait la batterie de tests... que je n'avais pas fait globalement de toute façon. Et pour me rassurer, pendant que la cliente testait, je mettais noir sur blanc ce qu'il fallait vérifier et je me baladais dans les écrans où j'avais sué du travail.

Le premier bogue ne tarda pas à tomber, puis le second. Je me jetai sur la bête, un rictus aux lèvres. Je jugulai rapidement ces microbes et en informai ma cliente. Elle avançait correctement dans l'utilisation de son joujou et ne trouva que quatre bogues, et moi seulement deux. En fin de journée elle était très satisfaite et me dit que je pouvais prendre une journée de congé aujourd'hui. "Tu as bien travaillé !". Elle est, en tout cas, la meilleure pour trouver les bogues, ce qui est bien pratique.
La semaine prochaine, après la livraison des corrections, d'autres personnes vont tester, et là, il vaudrait mieux que tout soit parfait.

Me voilà soulagé. La livraison est faite, ce qui me permet de passer à autre chose, les premiers tests sont très concluants et les tous les bogues trouvés sont corrigés. Je vais pouvoir décompresser.

lundi 18 mai 2009

Elle est arrivée

Avec un peu de retard, la montre convoitée pour l'anniversaire de ma femme est enfin à son poignet.
J'avais voulu jouer le commerce local en allant voir un bijoutier en centre ville, mais j'attends toujours le coup de fil de la dame qui doit me recontacter... Pas commerçante pour un sou, elle doit avoir un chiffre d'affaire suffisant. Tant pis pour elle.

Je me suis donc retourné vers internet et j'ai passé commande en Hollande, puisque le modèle affiché ci-contre n'est pas distribué en France. Pour 15 euros de port, on m'assurait d'avoir le joujou entre 1 et 5 jours. Ce fut 5 jours et alors que je commençait à m'inquiéter, je reçus un mail du transporteur Fedex. Parti de Hollande un mardi matin, le colis est arrivé le mercredi matin. Mais comme personne n'était là pour le réceptionner, une étiquette auto-collante avait été mise sur ma boîte aux lettres. Comme tout y était écrit en anglais (je croyais que ce genre était interdit en France...), ma femme attendait mon retour pour aviser. J'attrapais donc le téléphone et appelais le 08 (11 minutes 30 et 1.363 pour un numéro indigo) pour me mettre d'accord avec un opérateur parlant français. Et le lendemain, le colis était livré à une autre adresse, là où je savais qu'on le réceptionnerait à tous les coups.

La montre est belle, radio-guidée et solaire. Plus besoin de la mettre à l'heure ni de changer les piles. Elle fait tic-tac si on écoute bien. Mon fils JE² a enlevé quelques tronçons du bracelet pour plaquer au mieux le poignet gracile de ma femme.

Mission accomplie, cette année encore.

mardi 5 mai 2009

A son tour !

Chacun son tour, c'était le sien.

Aujourd'hui, ma femme a eu cinquante ans. Que nous avons fêter en famille restreinte ce soir.
Je n'ai pas pu lui offrir le cadeau que je n'ai pas acheté... je viens de le commander il y a une heure. Ce ne sera pas une surprise, mais ça lui plaira. Il s'agit d'une montre solaire qui ne se fait pas en France.

Pour se faire plaisir, j'ai pris des macarons chez Bernachon, des fraises gariguettes, une forêt noire et une tarte au citron, de la Clairette de Die Tradition.

Et puis, ma femme voulant du léger pour le repas qui doit être festif aussi, j'ai innové dans les coquilles saint Jacques. Bien m'en a pris, car même les plus difficiles de mes enfants ont trouvé cela bon. Un peu de salade mélangée, du saumon fumé d'Ecosse, des blinis, que chacun a pu assaisonner avec la sauce de son goût.
Les paupiettes de veau en sauce tomate fondaient, accompagnées d'une julienne de légumes.

Les enfants lui ont offert une orchidée et une jolie broche en forme de papillon.

Des amies n'ont pas manqué de lui offrir des fleurs, un olivier, un bracelet, une plante, deux plantes.

Ma femme semblait heureuse, mais on a évité, en tout cas moi, de lui demander ce que ça faisait de passer la cinquantaine. Puis, à la demande de T², nous avons visionné le montage photo de nos cinquante ans. Comme tout passe vite, comme nous étions beaux, comme nos enfants étaient mignons ! Sans nostalgie.

samedi 25 avril 2009

Jean qui rit, Jean qui pleure

Il est des personnes qui savent récolter se qu'elles ont semé, ou qui n'aiment pas qu'on leur fasse ce qu'elles nous font.

Les portes étaient fermées lorsque je suis arrivé pour la répétition de la chorale en début d'après-midi. Quelques femmes étaient assises sur les escaliers et je leur dis un bonjour auquel elles répondirent. L'une d'elle y alla ensuite d'une réflexion me concernant, dont je ne me souviens plus de la teneur. Elle fut la seule à en rire et se crut obligée de se justifier : "vous savez, nous avons l'habitude de se taquiner". Ah bon ? si tu le dis. Ça me laissa de marbre et nous sommes rentrés dans le bâtiment.
Au bas des marches de l'escalier intérieur, nous discutions justement tous les deux, les autres traînant loin derrière. Nous en arrivons à ce qui nous réunis en cet après-midi et elle dit, en parlant du nombre des ténors : "... nous ne sommes que quatre et demi". La demie, c'est elle, car elle n'est pas toujours là au répétition et elle chante avec les ténors. Fort de cette confidence, je lui dis qu'en fait nous sommes cinq et demi. De fait, quand elle est là, elle tient bien sa place avec son physique aussi haut que large. En lui sortant ça, je me suis dit que je poussais un peu le bouchon loin et qu'elle apprécier cela comme plaisanterie.

Mais, à la pause, à l'occasion d'une reprise de la discussion, alors que je la croyais banale et sans portée, elle me sortit toute une litanie sur ce que j'étais et ce que je n'étais pas. D'après ses dires, je veux toujours avoir raison, ce ne doit pas être facile avec mes enfants, j'interviens toujours pour rectifier ses propos, tout ça dit sur le ton sûr du professeur qu'elle est. Puis elle reparle de l'épisode du bas de l'escalier, ses yeux rougissent et s'embuent. Elle n'a pas apprécié que je plaisante sur elle, en tout cas pas sur son physique. Je lui fait remarquer que nous étions que tous les deux sans témoin, mais comprenant qu'elle en a gros sur la patate (!!) je m'excuse platement. Une façon de lui donner raison, car en fait, c'est elle qui voudrait avoir raison en tout. Or, elle a trouvé plus coriace qu'elle en ma petite personne. Elle joue les victimes, ce que je lui laisse volontiers, d'autant que je ne suis pas l'agresseur.
Tout en écoutant et répliquant à ses propos, je me rends compte qu'avec elle, je me suis mis sur le même mode de communication, usant de la plaisanterie et du badinage. Mais ce n'est pas une chose qu'elle supporte. Encore moins quand on arrive à lui tenir tête.

La suite... tout semble être redevenu normal. Mais je souhaite qu'elle en tire quelques leçons dont celle de la discrétion. Pour ma part, je ne suis pas mécontent de tout ça, car j'ai pu réaliser combien je pouvais rentrer dans le jeu d'une personne et l'y battre à plate couture. Même pas honte que ce soit une femme, même pas. D'ailleurs, avec ce genre de personne, soit on ignore, soit on rentre dedans.
Elle, elle ne s'est pas excusée pour ces plaisanteries foireuses faites devant les autres et je me souviens d'une remarque acerbe qu'elle avait faite à une autre choriste qui essayait de l'aider, au beau milieu de la chorale.

J'étais tout content de goûter au fondant au chocolat.

A ne pas oublier

J'étais en train de travailler, ce samedi matin, et je saisissais la date du jour dans le nom d'un fichier quand je réalisais quel jour nous étions.
Nous.
J'eus un doute et je dû faire un effort de mémoire pour m'assurer que je ne me trompais pas.
Puis je fis un numéro de téléphone, en me trompant, pour tomber sur la bonne personne et lui dire, après le "Allô" : "bon anniversaire, maman !".
Après avoir papoté, donné de nouvelles, pris des nouvelles, parlé du temps qu'il fait, j'eus droit au refrain habituel depuis un certain temps. "Tu n'es pas gros, tu es comme mon père qui n'a jamais changé de poids, tu es trop maigre...".
Mais ce refrain me lasse. Les autres refrains aussi.

Bonne anniversaire, hein !

mercredi 1 avril 2009

Pensées profondes

Ce matin, ma femme fourbissait déjà dans la cuisine avant 7h30. M'en étonnant, je lui demandais ce qu'elle préparait de bon. Elle avait fait cuire un saucisson et versait la pâte dans le moule pour faire un saucisson brioché. Il sera cuit avant 8H30. Quelle bonne idée !

En me rendant chez R, je me suis dit "pourvu que R ne fasse pas un saucisson brioché ! ". Car il m'est arrivé plus d'une fois de manger la même chose chez R et chez moi, comme par hasard. Mais j'ai eu beau croiser les doigts, R avait un saucisson brioché pour le repas de midi ! Je l'avais parié.

Décidément, R et ma femme son vraiment sur la même longueur d'onde. A se demander s'ils ne sont pas jumeaux quelque part.

lundi 23 mars 2009

La bomba

Nous marchions, R et moi, sur le trottoir, les dos baignés de soleil printanier, lorsqu'une jeune femme nous dépassa. Elle était vêtue d'une veste courte s'arrêtant au dessus de la taille et d'un pantalon souple et collant. A chaque pas qu'elle faisait, et en alternance, chacune de ses fesses avantageusement moulées semblaient nous faire comme un clin d'œil salace. Et droite, et gauche ! Le tissu moiré reflétait même nos sourires de mâles. Bon, je reconnais que ce n'est pas ce qui m'attire et je soupirai déjà que ce ne fut pas un mec.
Je dis à R que je trouvais ça pousse-au-crime pour un hétéro et ceux que nous avons pu observer quelques mètres plus loin semblèrent me donner raison. Le premier mec était assis sur une marche devant la piscine. Il vit la femme arriver, la toisa de face, puis lorsqu'elle fut passée, on vit nettement sa tête faire un mouvement de bas en haut puis du haut jusqu'aux fesses où il resta rivé.
Juste après, un cycliste croisa la belle. Il se retourna plusieurs fois pour mirer les miches qui devaient certainement lui dire "mate-moi !". De quoi se viander.

R n'était pas du tout affriolé par le spectacle qui durait depuis un moment, mais moi, j'imaginais déjà ce que ça pouvait donner avec un mec.

vendredi 13 mars 2009

Belle-sœur de passage

Hier soir, je suis allé chercher belle-sœur à la gare. T² m'accompagnait, elle ne voulait pas rater tantine. Le train était à l'heure, mais le message laissé sur le répondeur n'ayant pas été entendu nous avons cherché le voiture. Et belle-sœur nous a vu, elle a toqué à la fenêtre. Cette première vision m'a refroidi, c'était lugubre. Heureusement, la suite fut très souriant, avec un flot de merci et de bisous lancés en cul de poule.
Bien sûr, comment ne pas parler des femmes avec ma belle-sœur ? Elle vient de subir une reconstruction mammaire et sa vie n'est faite que de féminité. Apparemment, nous divergeons sur la question de la femme. Pour elle, c'est celle qui a des rondeurs en haut et en bas. Autant dire que ce n'est pas du tout son cas, elle est plate comme une limande. Depuis qu'elle avait perdu un sein, elle se sentais atrophiée, elle a donc choisi d'en ravoir un. Elle qui ne porte pas de soutien-gorge, vu le minuscule volume de ses seins.
Comme elle me l'a dit, se faire remettre un sein est un choix personnel. On lui a donc pris de la graisse et un muscle dorsal pour refaire un lobe. Il lui reste une grande cicatrice dans le dos et quelques unes sur le sein dont l'aréole sera replacée plus tard. Pour l'instant, ça suinte un peu. Je viens de refaire le seul pansement qui reste dans le dos. Le nouveau sein a le même volume que l'autre, ma belle-soeur peut donc se mettre en débardeur, sans rien dessous.
Je la remets dans le train tout à l'heure. Elle est très contente d'avoir une poitrine symétrique.
Elle s'est découverte très normative, ce qui lui va assez bien.
Elle semble heureuse, et c'est plutôt agréable pour les autres.

samedi 3 janvier 2009

La blanquette de veau

Recette facile, préparation simple.
Une fois ma douche prise, je m'y suis mis. Il faut 20 minutes dans la cocotte, c'est peu. Mais c'est sans compter sur le retard imprévu des invités. La blanquette a cuit et recuit, la sauce à mijoté et s'est veloutée.

Finalement, plus tard, assez tard, ils sont arrivés, s'excusant du contretemps. La voiture avait fait des siennes, ils nous avaient prévenus.
Nous avons pris l'apéro ensemble puis nous nous sommes attablés. La salade saumon était la bienvenue.
Ils étaient là tous les deux, enfin, pour moi, surtout elle. Vieillie, vieille mais pas âgée derrière ses grandes lunettes et ses cheveux blondis.
La blanquette fut succulente, le veau fondant et la sauce blanche aux morilles onctueuse.
Il attendait les pâtes avec bonheur, elle n'a pas manqué de le lui rappeler.
Elle commence vraiment à moins entendre, ce qui donne parfois des conversations décalées. Mais elle persiste à parler de ce qu'elle a vu ou vécu, faisant fi des autres. Je suis presque habitué.
Plusieurs fois, je l'ai regardée du coin de l'œil, juste "pour voir". Ce que j'ai vu ne m'a pas ému, juste un peu déçu ou envieux. Je sais, les sentiments contradictoires sont monnaie courante à son sujet.
Le fromage m'a trouvé chez les abonnés absents.
La tarte aux pommes, minutieusement faite, nous a tous satisfaits.
L'après-midi était plus qu'entamée lorsque nous avons bu la tisane. De la verveine pour nous deux.
Nous avons poursuivi en discutant, en cercle familial. Les enfants, enfin les garçons, étaient aussi là, prenant part aux anecdotes. Ça m'a fait plaisir.

Puis, il a bien fallu qu'ils partent. Sans oublier leurs cadeaux et leurs manteaux.

Depuis deux ans, j'essaie de renouer, mais c'est dur. Comme un tendon coupé.
Bref. J'ai la sensation d'avoir accompli un certain devoir filial. Sans conviction aucune.

Cela faisait longtemps que je n'avais fait de blanquette de veau.